dimanche 11 mai 2014

EUROPE : Une tragédie en trois actes


 
Les élections des 75 députés européens ne vont guère mobiliser. L’abstention atteindra un record dont personne aujourd’hui ne peut estimer ni le volume (65, 70 voir 80%), ni la portée (la légitimité des députés européens est-elle réelle avec un tel taux d'abstention ?).

Le Mouvement Républicain et Citoyen se questionne depuis de nombreuses années sur la pertinence, pour lui, d’y participer.

En effet, le découpage en grandes régions éloigne le peuple de la décision et du choix politique. De plus, le coût d’une campagne est estimé à plus de 300 000 euros, certains n’hésitent pas à aller au-delà des 600 000 euros. Et enfin, au regard de l’organisation des institutions européennes, les députés n’ont qu’un pouvoir très restreint, la commission (des non élus) se réservant l’initiative législative et normative.

Le parlement européen n’est ni plus ni moins qu’une chambre d’enregistrement des dépenses, le Conseil Européen est l’ordonnateur des recettes et des politiques de change et la Commission est le législateur au nom de l’Intérêt Général (des traités).

Dans cette phrase, tout est dit. La tragédie en trois actes est résumée dans l’explication des rôles et des compétences. Le diagnostic est donc visible pour chaque citoyen. Ceux que nous élisons n'ont qu'un rôle consultatif pour ce qui est des lois. Or, dans toutes les démocraties, l'initiative législative appartient au peuple et donc aux représentants du peuple.

Dire que l'Europe est éloigné des Européens, ce n'est pas simplement une vision de l'esprit car comme indiqué plus haut, ce n'est pas l'intérêt général des peuples qui est pris en compte et gravé dans le marbre constitutionnel, mais bien l'intérêt général des traités.

Ces traités sont d'essence libérale et seul un renversement total de la majorité du parlement et du conseil pourrait remettre en cause la construction européenne actuelle. C'est à dire deux données quasiment impossibles à atteindre. Il faudrait que l'ensemble des Etats européens élisent des gouvernements de gauche, d'une part pour que le Conseil bascule et que la grande majorité des députés européens soit eux-même de gauche, d'autre part.

Or, même cela ne suffirait pas puisque pour infléchir durablement les politiques européennes actuelles, il faudrait que le président de la Commission Européenne soit lui-même issu de la gauche et dispose des capacités à revoir certains traités et principalement le TCE (Traité Constitutionnel Européen dit Traité de Lisbonne), en accord avec la Banque Centrale Européenne. Encore plus compliqué.

Ce à quoi les socialistes pourraient nous répondre par le fait que Martin SCHULZ pourrait remplacer BAROSO au poste de Président de la Commission Européenne. Soit, cela est vrai, mais comment peut-on l'envisager sérieusement. Pour cela il faudrait que la moitié des membres du parlement puisse être issue de la gauche S&D, d'une part, que le Président du Conseil accepte la ligne directrice de Monsieur SCHULZ (actuellement, ce n'est pas gagné) et qu'enfin, un accord puisse être trouvé pour définir qui fait quoi entre le Conseil et la Commission (voir l'intervention de Monsieur Van Rompuy).

En effet, entre les deux, il s'agit réellement d'une lutte existentielle car le traité de Lisbonne est tellement vague et tellement peu « constituant » que, même pour un fédéraliste, il ne sert pas à grand chose. La définition des rôles de Président du Conseil, Président de la Commission et Haut Commissaire Européen (on l'avait oublié) est imprécise. Pire, Messieurs SARKOSY et BARNIER ont empilé les fonctions et les attributions.

Ne pas oublier non plus que ce TCE fait aussi référence à l'évolution des revenus de chaque Président (commission et conseil). Afin d'obtenir la ratification, il est prévu des postes à 29 000 euros mensuels, soit 129% de ce que gagne un haut fonctionnaire européen.

Enfin, dernier argument (pour aujourd'hui), il ne faut pas oublier que Martin SCHULZ a été élu président du parlement européen avec le ralliement des euro-députés de droite ! Or, pour arriver à un tel consensus, il y a bien fallut que des garanties soient apportées aux libéraux.

Comme on le voit, il y a peu d'espoir d'un réel changement et les politiques libérales vont continuer à être la grande orientation à venir.

L’Europe, douce utopie d'un monde nouveau où le progrès social et économique a été sacrifié sur l'autel du libéralisme financier. Voilà pourquoi le MRC appelle à voter blanc lors de ce scrutin.

Et cela fait mal au républicain que je suis, mais si vous vous abstenez au lieu de voter blanc, ce n'est pas si grave que cela.

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