Les élections des 75 députés européens ne vont
guère mobiliser. L’abstention atteindra un record dont personne
aujourd’hui ne peut estimer ni le volume (65, 70 voir 80%), ni la
portée (la légitimité des députés européens est-elle
réelle avec un tel taux d'abstention ?).
Le
Mouvement Républicain et Citoyen se questionne depuis de nombreuses
années sur la pertinence, pour lui, d’y participer.
En
effet, le découpage en grandes régions éloigne le peuple de la
décision et du choix politique. De plus, le coût d’une campagne
est estimé à plus de 300 000 euros, certains n’hésitent pas à
aller au-delà des 600 000 euros. Et enfin, au regard de
l’organisation des institutions européennes, les députés n’ont
qu’un pouvoir très restreint, la commission (des non élus) se
réservant l’initiative législative et normative.
Le parlement européen n’est ni plus ni moins qu’une chambre d’enregistrement des dépenses, le Conseil Européen est l’ordonnateur des recettes et des politiques de change et la Commission est le législateur au nom de l’Intérêt Général (des traités).
Dans
cette phrase, tout est dit. La tragédie en trois actes est résumée
dans l’explication des rôles et des compétences. Le diagnostic
est donc visible pour chaque citoyen. Ceux que nous élisons n'ont
qu'un rôle consultatif pour ce qui est des lois. Or, dans toutes les
démocraties, l'initiative législative appartient au peuple et donc
aux représentants du peuple.
Dire
que l'Europe est éloigné des Européens, ce n'est pas simplement
une vision de l'esprit car comme indiqué plus haut, ce n'est pas
l'intérêt général des peuples qui est pris en compte et gravé
dans le marbre constitutionnel, mais bien l'intérêt général des
traités.
Ces
traités sont d'essence libérale et seul un renversement total de la
majorité du parlement et du conseil pourrait remettre en cause la
construction européenne actuelle. C'est à dire deux données
quasiment impossibles à atteindre. Il faudrait que l'ensemble des
Etats européens élisent des gouvernements de gauche, d'une part
pour que le Conseil bascule et que la grande majorité des députés
européens soit eux-même de gauche, d'autre part.
Or,
même cela ne suffirait pas puisque pour infléchir durablement les
politiques européennes actuelles, il faudrait que le président de
la Commission Européenne soit lui-même issu de la gauche et dispose
des capacités à revoir certains traités et principalement le TCE
(Traité Constitutionnel Européen dit Traité de Lisbonne), en
accord avec la Banque Centrale Européenne. Encore plus compliqué.
Ce
à quoi les socialistes pourraient nous répondre par le fait que
Martin SCHULZ pourrait remplacer BAROSO au poste de Président de la
Commission Européenne. Soit, cela est vrai, mais comment peut-on
l'envisager sérieusement. Pour cela il faudrait que la moitié des
membres du parlement puisse être issue de la gauche S&D, d'une
part, que le Président du Conseil accepte la ligne directrice de
Monsieur SCHULZ (actuellement, ce n'est pas gagné) et qu'enfin, un
accord puisse être trouvé pour définir qui fait quoi entre le
Conseil et la Commission (voir l'intervention de Monsieur Van
Rompuy).
En
effet, entre les deux, il s'agit réellement d'une lutte
existentielle car le traité de Lisbonne est tellement vague et
tellement peu « constituant » que, même pour un
fédéraliste, il ne sert pas à grand chose. La définition des
rôles de Président du Conseil, Président de la Commission et Haut
Commissaire Européen (on l'avait oublié) est imprécise. Pire,
Messieurs SARKOSY et BARNIER ont empilé les fonctions et les
attributions.
Ne
pas oublier non plus que ce TCE fait aussi référence à l'évolution
des revenus de chaque Président (commission et conseil). Afin
d'obtenir la ratification, il est prévu des postes à 29 000 euros
mensuels, soit 129% de ce que gagne un haut fonctionnaire européen.
Enfin,
dernier argument (pour aujourd'hui), il ne faut pas oublier que
Martin SCHULZ a été élu président du parlement européen avec le
ralliement des euro-députés de droite ! Or, pour arriver à un
tel consensus, il y a bien fallut que des garanties soient apportées
aux libéraux.
Comme
on le voit, il y a peu d'espoir d'un réel changement et les
politiques libérales vont continuer à être la grande orientation à
venir.
L’Europe,
douce utopie d'un monde nouveau où le progrès social et économique
a été sacrifié sur l'autel du libéralisme financier. Voilà
pourquoi le MRC appelle à voter blanc lors de ce scrutin.
Et
cela fait mal au républicain que je suis, mais si vous vous abstenez
au lieu de voter blanc, ce n'est pas si grave que cela.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire